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THE TOMB OF DRACULA

Gene COLAN

1972. Alors que Dracula entame son déclin cinématographique au sein de la Hammer avec “Dracula 72” (Dracula A.D.73), la firme de comics américaine “Marvel”, plus connue pour la publication des aventures du tisseur de toiles SPIDERMAN, décide de lancer une nouvelle série fantastique (dans tous les sens du terme) s’intitulant “Tomb Of Dracula”.


Pour le premier numéro, la supervisation est confiée à Archie GOODWIN, ancien éditeur de Warren (Creepy et Eerie, entre autres, publications rentrées depuis au Panthéon des magazines cultes), tandis que l’histoire, écrite par Gerry CONWAY, est génialement mise en image par l’excellent Gene COLAN.
Le trait sombre du dessin de Gene COLAN confère à la série une ambiance très gothique, et le personnage du Comte lui même est magnifique, imposant par sa taille, son apparence (Fines moustaches et costume en cape, archétype par excellence du roi des vampires), mais surtout par sa cruauté et l’aisance avec laquelle il se joue de la stupidité des humains.
Très rapidement, à partir du numéro 7 pour être plus précis, Gerry CONWAY cède sa place à Marv WOLFMAN aux commandes scénaristiques, qui reprend le flambeau avec brio (mais avec un nom pareil, comment pouvait-il en être autrement ?), place qu’il gardera jusqu’au dernier numéro de la série.
Avec une telle équipe, il est normal que la série remporte un vif succès auprès des lecteurs, ce qui permet à la firme Marvel de lancer quelques autres séries de monstres sacrés tels que le loup-garou (Werewolf by Night), ou encore le monstre de Frankenstein lui même ! (The Frankenstein Monster).
Malheureusement, une série de ce genre ne peut être éternelle, même si elle raconte les aventures d’un vampire tel que Dracula, et c’est avec son numéro 70 qu’elle disparaît, après avoir fait frémir presque une décennie de lecteurs avides de morsures sanguinolentes et de métamorphoses grandioses.

Dès le premier numéro, tous les éléments de la réussite sont présents. L’histoire, somme toute classique, nous emmène en Transylvanie où trois jeunes gens se retrouvent au château, l’un d’eux ressuscite le Comte en lui enlevant le pieux qui l’immobilisait certainement depuis quelques siècles, celui-ci ne se privant pas alors dès son réveil de prendre son petit déjeuner au cou de la jeune héroïne, laissant fuir tout de même ses deux compagnons. L’un d’eux s’appelle Frank DRAKE (descendant de devinez qui ?), que l’on retrouvera très souvent tout au long de la série. En effet, dans les numéros qui suivent apparaissent des nouveaux personnages, aux noms évocateurs car pas vraiment inconnus, qui formeront ainsi une petite équipe de chasseurs de vampires. La deuxième personne qui apparaît, et qui apprend à Frank sa terrible appartenance à la famille du Comte, est une jolie jeune fille nommée Rachel Van HELSING (descendante de devinez qui ?), qui est accompagnée de son serviteur indien TAJ. Lorsque Marv WOLFMAN prend la relève scénaristique au numéro 7, il apporte dans ses bagages un élément très important, en la personne d’un vieux barbu qui se déplace dans un fauteuil roulant truffé de gadgets anti-vampires digne de James BOND, et qui s’appelle Quincy HARKER (Fils de vous ne devinerez jamais...Jonathan et...Mina, devenue Madame HARKER!). Ce vieil homme apporte à la troupe, outre son érudition en matière de vampirisme, un gros toutou appelé SAINT, dont le collier est joliment orné de croix en argent! Cette fine équipe est complétée dans le dixième numéro par la venue d’un chasseur de vampire noir, le célèbre BLADE (dont la personnalité est telle qu’il obtiendra sa propre série, qui devrait être très prochainement adaptée au cinéma!), puis d’un détective privé vampire, Hannibal KING, dans le numéro 25, et enfin dans le numéro 43, apparaît le tout à fait évitable crétin de service, écrivain raté au look de Woody ALLEN, Harold H. HAROLD.

Durant les soixante-dix numéros que durera la série, DRACULA affrontera, outre l’équipe de chasseurs de vampires précédemment citée, un bon nombre de personnages d’autres séries Marvel. Ces incursions de Héros ou Vilains d’autres séries, très appréciés par les éditeurs, permet donc la venue dans les pages de “Tomb Of Dracula” de personnages tels que le terrible Dr SUN, un cerveau très intelligent avec lequel le Comte aura pas mal de démêlés sur plusieurs épisodes. Et même si le Comte croisera au sein de sa propre série des super héros comme Dr STRANGE ou encore le SURFER D’ARGENT, on le voit se promener dans les séries voisines, THOR, X-MEN, SPIDERMAN, mais aussi et surtout on le voit se battre contre le LOUP-GAROU et le MONSTRE DE FRANKENSTEIN, épisodes mémorables! Et oui, DRACULA est devenu un super héros à part entière! Et à ce titre, Marv WOLFMAN ne ménage pas son personnage; voyez plutôt : durant une messe noire, Dracula usurpe la place du Diable, épouse la promise de celui-ci, la belle DOMINI, avec qui il aura un fils!, Janus. La secte découvrant la supercherie s’allie avec BLADE pour reprendre DOMINI, s’en suit un combat où DRACULA voit son fils tué par une balle qui lui était destiné, puis ressuscité par un ange doré! Sur ces faits, Satan lui-même, excédé par toutes ces histoires, et pas vraiment content de s’être fait voler celle qui lui était promise, rend visite à DRACULA, et le rend à nouveau mortel. Le Comte, devenu simple humain, part à la recherche de l’immortalité, affronte Satan, redevient vampire, retourne en Transylvanie pour découvrir qu’il s’est fait voler son statut de roi des vampires par un certain TORGO, et ce n’est que dans le dernier numéro qu’il retrouve son trône, pour mieux le perdre, puisqu’il périt dans l’explosion de son château, provoquée par Quincy HARKER. Fin du règne.



Bien sûr, ce résumé très rapide et plutôt succin peut vous faire penser que cette histoire est complètement farfelue. Mais la narration est tout à fait crédible, de par les dialogues mais surtout et encore par la qualité du graphisme de Gene COLAN, qui est tout bonnement génial ! (J’ai l’air d’insister, comme ça, mais je vous assure que je n’emploie pas ces superlatifs à la légère !)

Les français ont pu découvrir cette série grâce aux traductions proposées par les collections sorties chez ARTIMA. La première, en noir et blanc et de petit format, “Comics Pocket”, durera 25 numéros, reprenant les comics américains du premier au numéro 43. La deuxième, en couleurs et grand format, “Artimacolor”, reprend la série du numéro 44 jusqu’au numéro 70, sous le nom de DRACULA, Le Vampire, et ce en 11 numéros (à signaler que le numéro 3 des Artimacolor est un spécial Loup-garou !)

Parallèlement à la série “Tomb Of Dracula”, Marvel a sorti deux magazines en noir et blanc sous de splendides couvertures couleurs. Le premier, “Dracula Lives”, débute en 1973 pour finir après 13 numéros et un Special Issue, le second est lancé après la fin de “Tomb Of Dracula”, dont il reprend le titre, et est du au succès du film de John BADHAM “Dracula”. Celui-ci ne durera que 6 numéros.
Si c’est Gen COLAN qui est le principal dessinateur de “Tomb Of Dracula-magazine”, “Dracula lives” voit une pléiade de jeunes illustrateurs passer en ses pages, tels que Dick GIORDANO, Neal ADAMS, Jim STARLIN ou encore John BUSCEMA. Ces magazines, non soumis à la censure du comics code, permettent à ses dessinateurs d’exceller dans l’horreur, mais aussi de faire apparaître quelques poitrines féminines dénudées, ingrédients typiques du fantastique des années ‘70.

À signaler aussi la publication d’une mini-série en quatre numéros s’intitulant “The Tomb Of Dracula”, sortie en Trad Paper Back chez Epic en 1991, écrite et dessinée par les mêmes génies, Marv WOLFMAN et Gen COLAN, et encrée par Al WILIAMSON, mini-série que je vous recommande chaudement.
À noter : l’existence d’un dessin animé japonais d’une heure et demi, sorti au début des années 80, et reprenant fidèlement l’épisode de DRACULA contre SATAN publié dans la série, où on retrouve tout les personnages principaux (disponible en vidéo, en cherchant bien et en ayant pas mal de chance.)

Même s’ils sont assez rares, sachez que ces comics ne sont pas impossibles à trouver. Malheureusement pour nous tous, le fait que cette série soit encore très prisée (encore une garantie de sa qualité !), certains commerçants (dont je tairai le nom par respect pour ceux qui se font arnaquer en achetant leurs comics chez eux !) ne se privent pas en les vendant les yeux de la tête, sous des prétextes aussi stupides que non fondés, alors que leurs concurrents réussissent à les vendre parfois deux fois moins chers ! Alors n’hésitez pas à fouiner dans plusieurs boutiques, car cette série, je vous le répète, vaut vraiment le coup pour qu’on s’y attarde un peu plus longtemps que le temps d’un vulgaire petit article de quelques pages...

William Wilson