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LE PRINCE DE LA NUIT
Yves Swolf
En décembre 1994, paraissait, aux éditions Glénat, le premier tome d'une nouvelle série bien en accord avec la mode actuelle (toute émoustillée, à l'époque, par la sortie au cinéma d'un certain Entretien avec un vampire). Le titre était des plus alléchants pour les amateurs d'Enfants des ténèbres que nous sommes : Le Prince de la nuit.

L'illustration de la couverture ne manquait d'ailleurs pas d'attiser notre curiosité. Malheureusement, cette jolie peinture était un appât trompeur. En effet, une fois l'album feuilleté, notre enthousiasme se retrouvait quelque peu amoindri. Le dessin était tristement réaliste et sans aucune originalité. Il fallait donc espérer que le récit rattraperait la platitude du graphisme. Ce dernier ne fit toutefois pas de miracle, mais il n'était pas dénué de tout intérêt.
Cette histoire, qui se passait simultanément dans la France du Moyen Age et dans celle du début des années 1930, était centrée sur deux personnages, ou disons plutôt, sur deux éternels clans ennemis, celui du Bien et celui du Mal. L'immortel, Kergan le Trouvère, contre des chasseurs de vampires, les Rougemont, qui se passaient le flambeau de génération en génération. "Le chasseur", en tant que premier tome, se devait de nous mettre en appétit pour une suite qui allait sortir un an plus tard. Peut-être pour certains, Swolfs a-t-il réussi ce pari, mais je rendrais plutôt la curiosité coupable de notre tentation.
Cette "Lettre de l'inquisiteur" n'apporte pas vraiment de surprise. Elle emboite parfaitement le pas au "chasseur" en nous comptant la lutte et les déboires du frère exorciste, Aymar de Rougemont, face à l'hérésie et, surtout, face à l'ennemi juré de la famille, le Prince de la nuit. En tant que digne représentant du Bien, rien d'étonnant à ce que ce moine serve les desseins de la Sainte Inquisition. Toutefois, une question se pose, qu'appelle-t-on le Bien et qu'appelle-t-on le Mal ? Mais l'énigme en reste là. Pas question, semble-t-il, de faire du sentimentalisme. Il faut dire que Kergan est l'image même du Diable, tel que pourrait le dépeindre l'Eglise. Il se nourrit de sang et de destruction sans éprouver le moindre remord. L'histoire se poursuit et nous ramène aux années 30, auprès de Vincent, dernier descendant des Rougemont, qui s'apprête à reprendre la lutte de ses ancêtres.
On ne parle bien sûr plus d'Inquisition, mais le bon Vincent ne se lance pas moins dans un combat aveugle, ainsi que le faisaient ces "fous de Dieu", contre celui qui incarne le Mal. La désignation du bon et du mauvais est trop catégorique et presque sans faille. De là, nait un certain ennui. Mais la plus grosse erreur est sans doute d'avoir fait preuve d'aussi peu d'imagination en reléguant les histoires de vampires à une simple querelle entre Dieu et le Diable.
A une époque où la croyance en Dieu perd du terrain, l'utilisation de telles valeurs me parait dépassée. Espérons que la suite donnera enfin un peu de vigueur à ce récit, puisqu'il est un des rares représentants de la bande-dessinée vampirique francophone. Gageons que Swolfs a peut-être plus d'un tour dans son sac et qu'il garde le meilleur pour la fin.
Nath Dessart
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