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THE CROW - Romain d'Huissier
Le Choc, mes amis, le Choc... C'était hier... Mon meilleur ami, se souvenant brusquement de ma date d'anniversaire, décida de m'offrir un cadeau. Sachant mon adoration pour le film The Crow, il eut la géniale idée de m'acheter le comic dont était tiré cette oeuvre magnifique. Comme vous vous en doutez, j'ai bondi de joie.
Mais cette joie fut de courte durée. Car j'ouvris l'oeuvre en question. Et, ce faisant, je fus plongé dans l'univers gothique et sale de The Crow, je ne pus en sortir avant d'avoir tout lu, tout admiré... Bref, je bus la coupe jusqu'à la lie.
Car on éprouve aucune joie, aucun plaisir à lire cette bande dessinée. Au contraire, c'est une lente descente aux Enfers, digne de Dante. A chaque page, nous sommes obligés de partager la Douleur d'Eric. Nous sommes forcés de goûter la noirceur d'une ville pourrie, rongée par le Mal jusqu'à ses fondations. Là, nous croisons une petite fille, presque nue, abandonnée par sa mère, qu'Eric consolera de son mieux. Ici, c'est Gabriel, un chat abandonné qu'Eric recueille. Et plus loin, en périphérie, très exactement un an avant, c'est au Calvaire d'un jeune couple amoureux auquel nous assistons. Eric et Shelly. Deux corps, une seule âme vibrante d'amour. Un Amour qui sera impitoyablement déchiqueté par le Mal, matérialisé par une bande de voyous déjantés. Eric sera abattu le premier et, dans une semi-mort abjecte, il assistera, impuissant, à ce que Shelly devra subir.
"Ne regarde pas", lui dit le Corbeau. Mais Eric regarde, il ne peut pas s'en empêcher. Comme lui, le lecteur assiste à la scène, horrifié. Shelly est violée, battue, tuée. Et Eric meurt. Mais c'est trop tard. Il en a trop vu, son âme n'aura pas le droit au repos qu'elle mérite.
"Billet ?" lui demande la Mort dans le train qui doit le conduire vers le Paradis. Mais Eric n'a pas son billet. Lui et le Corbeau doivent retourner chez les Vivants. Se venger. Trouver le Repos dans la violence et le sang. Eric est maintenant un clown noir, tragique et fou. De meurtres en automutilations, son parcours ensanglanté amène le lecteur jusqu'a des abîmes de désespoir et de satisfaction morbide. Vas-y Eric, Venge-toi ! A t'on envie de lui crier. Et l'Ange de la Mort se venge, se rapprochant petit à petit de la rédemption.
Car Eric ne fait pas que semer mort et destruction dans son sillage. Parfois,il fait le bien. Offrant réconfort à une petite fille désoeuvré ou donnant le gîte à un chat abandonné, il prouve que le bien peut survivre, même dans un milieu aussi noir et maléfique que les taudis d'une ville en pleine chute.
The Crow, une légende gothique, symbolisée par ces quelques mots "Dans la ville que même les Anges ont peur de survoler et où les démons viennent croâsser, le sexe de la mort défait ses noirs cheveux enivrants sous la lune d'un jaune d'opium."
The Crow, un noir poème, une jouissive séance de torture, une oeuvre parfaite, dont la lecture met mal a l'aise longtemps après que l'on en ait tourné la dernière page.
Eric plus vampire qu'il n'y parait - Yzabel
Un jour, vous perdez tout. Rien n'aurait pu vous y préparer. Ni la foi... ni la religion... vraiment rien. Quand meurt l'être que vous aimez, vous apprenez l'absence... Vous touchez le fond de la solitude. "
C'est par ces mots que commence The Crow, comic-book à l'origine du film du même nom, une oeuvre sombre, torturée, dont les dessins en noir et blanc ne font que renforcer l'atmosphère glauque et la tristesse omniprésente. Une preuve que son auteur, James O'Barr, avait voulu aborder comme un exorcisme à sa propre tragédie ( tout comme Eric, le Héros, il perdit sa fiancée dans des circonstances douloureuses), mais dont chaque page fut une petite mort, les images se nourrissant elle-mêmes de sa souffrance, ne rendant que plus pénible encore son achèvement. Une oeuvre portée par les paroles et la musique gothiques à souhait des Cure version dark wave et de Joy Division, par la poésie de Rimbaud, François Villon, George Ba-taille et Antonin Artaud, et dont la noirceur évoque sans conteste les meilleurs écrits d'Edgar Allan Poe et de Raymond Chandler.
Une oeuvre à laquelle le film d'Alex Proyas est resté fidèle, mais qui présente tout de même certaines différences avec l'adaptation qui en a été tirée: ici, pas de Top Dollar tentaculaire collectionneur d'épées et bretteur chevronné, pas de Myca perverse et férue d'occultisme et de Gauge perfide, mais des "méchants" plus conventionnels, peut-être plus vulnérables également, qui ont laissé passer leur chance de rédemption et, à l'image de Fun Boy le junkie, ne parviennent même plus à se sentir coupables des crimes quils ont commis.
Une nuit... une route déserte noyée dans l'obscurité... un garçon, une fille, à l'avenir plein de promesses, dont le chemin croise celui de cinq voyous complètement défoncés... l'un tué d'une balle dans la tête sous les yeux de l'autre, sauvagement violée puis assassinée...
Un an plus tard, un corbeau ramène Eric du monde des morts pour venger le meurtre de sa fiancée et ainsi trouver le repos éternel auprès de celle qu'il aimait. Tin Tin, Top Dollar, Tom Tom... L'un après l'autre, voilà les zonards éliminés par cet ange noir implacable adepte du revolver mais torturé par ses souvenirs qu'il noie dans la douleur physique. Le visage peint aux couleurs de l'Ironie (Ironie, Douleur, Désespoir figures de la Tragédie dont les expressions figées dominent toute l'oeuvre). Ombre parmi les ombres qui ne craint ni les balles, ni les lames, et manie l'art de la rime aussi bien que celui du katana, Eric promène sa silhouette dans des rues ténébreuses rongées par le vice qui pourrit la ville, accomplissant sa tâche avec une sorte de jouissance mécanique et un humour macabre tranchant singulièrement avec ses moments de solitude et de tristesse où les souvenirs de sa vie avec Shelly reviennent le hanter.
La vie, la mort... thèmes récurrents de l'oeuvre... A tout instant, ces deux extrêmes s'entremêlent, allant parfois jusqu'à se confondre dans le personnage d'Eric, leur étrange poésie imprégnant page après page et évoluant de pair avec les sentiments agitant l'âme du principal protagoniste. Eric sème la mort sur son passage, à l'image d'un ange sans pitié descendu sur terre pour venger les innocents en châtiant les coupables, et son rire ressemble à celui d'un démon lorsqu'il contemple la peur dans les yeux de ces derniers avant de leur donner l'absolution selon SA règle. Mais s'il tue sans remords les criminels, Eric se montre toutefois capable d'éprouver de l'attachement envers les êtres humains dont malgré son apparence il ne fait plus partie, se prenant d'affection pour la petite Sherri à laquelle il tente d'offrir une vie meilleure par l'intermédiaire d'un jeune policier. Tout cela avant, de reprendre sa macabre tâche, sous l'oeil de cette même police qui ne peut - ou plutôt ne veut - rien y faire, impuissante à juguler le désir de vengeance de cet étrange meurtrier ou tout simplement à lui mettre la main dessus, préférant laisser courir les choses - le capitaine Hook résument finalement cette pensée par un énigmatique " Peut-être Dieu a-t-il de bonnes raisons, après tout...", jetant à la poubelle le dossier contenant le rapport d'enquête sur la mort d'Eric et de Shelly.
Cette même envie de revanche transparaît également dans la présence du corbeau, allégorie de la mort, qui de par la croyance aux psychopompes (habituellement des étourneaux, cf. "La Part des Ténèbres" de S. King) symbolise le passage entre notre monde et l'Au-Delà ; dans de nombreuses légendes, telles celles de Bretagne où quiconque apercevait un corbeau venant du nord ( allusion au Nilfheim, royaume des morts de la mythologie scandinave ?) pouvait s'attendre à passer de vie à trépas dans les jours qui suivraient, cet animal a une réputation d'oiseau de mauvais augures.
Ici, la symbolique est à prendre dans les deux sens : si le corbeau emmène l'âme d'Eric dans le monde des défunts après son assassinat, tentant de lui assurer une éternité paisible par de fervents "Ne regarde pas ! " destiné à lui éviter de se rattacher à un quelconque élément matériel (en l'occurrence, Shelly), c'est également lui qui lui permet de revenir sur terre sous sa forme physique, un passage traduit par l'épisode du train où le contrôleur possède le "visage" de la Faucheuse elle-même. Au contraire du film où le corbeau reste présent en tant que lien d'Eric avec l'Au-Delà et source de son invincibilité, les deux se confondent dans la bande dessinée, et c'est Eric qui assume le rôle de "passeur" en envoyant ad patres les voyous qui ont causé sa perte et celle de sa fiancée. Le lien entre les deux mondes, ce sont les souvenirs d'Eric qui lui donnent corps, lorsquil aperçoit Shelly dansant entre les arbres avec la Mort en lieu et place de visage, ou qu'il entame une valse avec cette même Mort en lui promettant de "revenir bientôt.
Entouré par cette image de mort omniprésente, comment ne pas retrouver en Eric, ce personnage à la dualité si prononcée, si attachant car finalement si humain, la représentation même du ténébreux Immortel maintes et maintes fois mis en scène dans les légendes, la littérature et au cinéma, plus proche cependant du Louis d'Anne Rice que du Nosferatu incarné par Klaus Kinski ? La similitude est telle qu'il est à un moment comparé à Dracula lui-même par l'un des personnages (très secondaire, il faut l'avouer) de l'histoire.
Le teint blafard, la chevelure aussi sombre que la nuit, vêtu de noir comme pour mieux se fondre dans les ombres, Eric aussi est revenu dentre les morts en versant son sang. Peut-être le corbeau représente-t-il alors une entité née des blessures, des tourments et du désespoir de Shelly contemplant son amant mourir sous ses yeux, incarnation d'une ultime malédiction dont l'accomplissement passe par la résurrection d'Eric, lié à sa fiancée par tout ce sang versé.
D'un autre côté, lunivers où évoluent les protagonistes semble destiné à ne jamais connaître le soleil. Les rues sont sombres, glauques, noyées parfois sous la pluie, toujours sous les détritus et la misère, des rues où le jour ne perce jamais et qui sont parfaitement adaptées aux errances de créatures de la nuit, qu'il s'agisse d'Eric, fantôme pourtant bien en chair, ou des meurtriers qu'il traque assidûment. La nuit règne tout au long de lhistoire ; et si Eric ne se nourrit pas du sang quil fait couler (quoique) il pratique cependant une autre forme de vampirisme en se délectant de la peur et de la douleur de ses victimes, en guise d'apaisement à la souffrance morale qu'il s'inflige lui-même lorsqu'il revient sans cesse dans son ancienne maison à laquelle sont rattachés tant de souvenirs.
Un peu Gangrel (les chats le suivent partout et il résiste sans problèmes aux attaques qui lui sont portées), un peu Toréador (il déclame Dickenson avant de tuer), empreint d'un lunatisme un rien Malkavien, Eric aurait sans conteste sa place dans le Monde des Ténèbres, tout comme la ville où il évolue ferait un parfait Detroit ou n'importe quelle autre cité décadente pour la Mascarade (Jeu de Rôle de White Wolf, NDLR). Car le terme dambiance gothic-punk" convient tout fait à celle qui baigne loeuvre de James O'Barr, auteur (peut-être) involontaire d'un véritable hymne au mythe vampirique perçu de manière quelque peu différente. Au travers dEric, s'expriment les tourments des êtres que la mort n'a pu libérer, errant dans un monde où ils n'ont plus leur place, regrettant un passé révolu qui a trop vite disparu et cherchant un dernier sens à leur non-vie. Et comme le font finalement certains vampires trop désespérés, c'est vers la mort que retourne Eric, une fois sa tâche accomplie, car ce n'est que dans le trépas qu'il pourra enfin trouver l'apaisement.
Qui sait... Peut-être une nuit, amis rolistes, rencontrerez-vous un homme au regard sombre et triste, aussi pâle et discret qu'un Caïnite, laissant derrière lui une traînée de sang où baignent ses victimes... Et lorsque vous lui demanderez son nom, il se contentera de vous lancer un énigmatique sourire empreint d'une infinie mélancolie, avant de disparaître dans les ombres, à la recherche de quelque route invisible qui le mènerait enfin à sa dernière demeure... accompagné par le curieux regard d'un corbeau perché sur un toit non loin de là...
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