plan de la ville
LA COMPAGNIE DES LOUPS

Avec : A Lansbury, David Warner, Graham Crowden, Brian Glover, Kathryn Pogson, Stephen Rea, Tusse Silberg, Micha Bergese....

Réalisé par : Neil Jordan.
Scenario de : Angela Carter (story), Neil Jordan

Année : 1984
Sortie DVD : -

L'histoire :

"Petites filles, jamais en chemin ne vous arrêtez ; jamais ne faites confiance à l'étranger, car nul ne sait comment cela peut se terminer. Plus vous êtes jolies, plus il faut être avisées, car l'homme le plus séduisant peut être un loup déguisé. Aujourd'hui comme demain, restez donc sur vos gardes, car sous les paroles les plus belles, se cachent les dents cruelles."

Sites à visiter :
http://www.geocities.com/za5tar/thecompanyofwolves.html

Le script officiel :
http://blake.prohosting.com/horrorsu/scripts/company_of_wolves.txt

L'avis de Simmu

Oh non, les contes pour enfants ne sont pas innocents ! Bien plus que de simples berceuses racontées aux enfants sages avant qu'ils ne plongent dans un doux sommeil, les contes sont de véritables récits d'initiation. Aucune de ces histoires, nées de l'inconscient collectif, n'est dépourvue, au moins, d'une morale et, si l'on s'en réfère à Freud, on parlera même d'initiation à la vie sexuelle. Les contes, les légendes, les mythes sont truffés de symboles et d'images qui créent un monde imaginaire, un monde qui ne déforme pas la réalité, mais semble au contraire la cerner et l'exhiber dans son universalité et son intemporalité, pour peu qu'on lui prête un peu d'attention. C'est ainsi qu'en 1984, Neil Jordan a choisi de dénuder un des contes les plus connus, celui du petit chaperon rouge, et, par ce choix, de se pencher sur le mythe du loup-garou (avant de se risquer, dix ans plus tard, sur celui du vampire). Inspiré d'une nouvelle fantastique d'Angela Carter (une anglaise spécialiste du genre), "La compagnie des loups" n'a nullement pour but de replonger l'adulte dans l'univers de son enfance, si ce n'est pour lui rappeler combien ce dernier pouvait être dénué d'innocence. Il y a bien sûr une marge de différence entre les fantasmes de l'adulte et ceux de l'enfant, mais il ne faut pas pour autant prendre ce dernier pour un idiot et moins encore, le cantonner dans un cocon immaculé de pureté. Les rêves des petites filles en fleur ne sont pas uniquement peuplés de prudes princes charmants, on y côtoie aussi le grand méchant loup, terrifiant mais ô combien attirant, comme tout ce qui est inconnu et interdit. Ce grand méchant loup est l'image de la bête qui sommeille en chaque humain, la bête contre laquelle les adultes voudraient nous mettre en garde, sans savoir qu'ils ne font que tenter le diable en la rendant d'autant plus attirante. Enfermée dans sa chambre, son jardin secret, Rosaleen, l'héroïne du film, se met à rêver, des rêves teintés de rouge et de noir. Dans ses songes, elle voit ses jouets s'animer de façon inquiétante et imagine, non sans un sourire, sa grande soeur agressée, dans une sombre et mystérieuse forêt, par une meute de loups gracieux et sauvages. Fidèle à l'esprit des contes, Neil Jordan ne dévoile rien, mais manie avec finesse suggestions et sous-entendus. Le cheminement qu'entreprend Rosaleen est celui de la découverte de la sensualité et de la tentation. Mère-grand (merveilleusement interprétée par Angela Lansbury) aura beau lui répéter qu'il ne faut jamais s'écarter des sentiers battus, car, dans la forêt, se cachent des loups "dont les poils sont à l'intérieur"; elle aura beau lui recommander de se méfier des hommes "dont les sourcils se rejoignent, rien ne retiendra la curiosité de Rosaleen, ni son attirance grandissante pour le loup.

Son loup, elle finira bien sûr par le rencontrer, un soir d'hiver, dans les sombres fourrés où elle s'est audacieusement aventurée. Un gentilhomme (un ténébreux Micha Bergese qui incarne délicieusement le loup-garou) l'aborde en prétextant avoir égaré ses compagnons de chasse. Il est richement vêtu et a de belles manières, bref, il est bien différent des grossiers garçons du village. Rosaleen ne voit pas ce qu'il y a derrière cette apparence, elle n'écoute pas ce qu'il y a derrière ces mots et pourtant, même Perrault ne laissait aucun doute quant à la nature de ces loups:

"...Qui ne sait que ces loups doucereux, de tous les loups sont les plus dangereux". En vérité, Rosaleen ne sait-elle pas déjà qui est son bel inconnu, et n'est-elle pas en train d'entrer dans son jeu? Contrairement à sa soeur, elle ne sera pas meurtrie par le loup, mais elle choisira de le suivre, de son plein gré, au fin fond de la forêt!.Délaissant les interdits, elle préférera s'abandonner à la compagnie des loups. Baigné dans des décors baroques, aussi fantaisistes que les rêves; embaumé de mystère et de sensualité, le film de Neil Jordan vous fera rencontrer une séduisante image du loup-garou qui dépasse hautement le simple contexte du fantastique.