plan de la ville
THE WOLF MAN
LE LOUP GAROU

Avec : Claude Rains (Sir John Talbot), Lon Chaney Jr (Lawrence Stewart Talbot), Warren William (le docteur Lloyd), Patrick Knowles (Frank Andrews), Ralph Bellamy (le capitaine Paul Mountford), Bela Lugosi (Bela), Marta Ouspenskaya (Maleva), Evelyn Ankers (Gwen Conltffe), Fay Helm (Jenny Williams), Forrester Harvey (Yictor Twiddle), J.M.Kerrigan (Charles Conliffe), Doris Lloyd (Mrs Williams), Harry Stubbs (le révérend Norman), Harry Gording (Wykes), Leyland Hodgson (Kendall), Olaf Hytten (un villageois), Tom Stevenson (Ritchardson), Ernie Stanton (Phillips), Ottola Nesmith (Mrs Bally), Connie Leon (Mrs Wykes), La Riana (la danseuse tzigane), Kurt Katch (le propriétaire de l'ours), Caroline Cooke & Margaret Fealy (des femmes), Jessie Arnold (la tzigane), Eddie Polo (le paroissien), Gibson Gowland (un vi1lageois).

Film Américain de
George Waggner.
Scénario : Curt Siodmak. Photographie : Joseph Valentine. Direction artistique : Jack Otterson, Robert Boyle. Décors : Russell A.Gausman. Musique : Hans J.Salter, Frank Skinner, Charles Previn. Montage : Ted Kent. Maquillage : Jack Pierce. Costumes : Vera West. Assistant réalisateur : Vernon Keays. Production : George Waggner pour la Universal. Noir et blanc. Distribution : CIC VIDEO.
Durée : 70 minutes - Année : 1941

Sortie DVD : Avril 2004
Bonus :
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• Le documentaire
• La bande-annonce

La chronique de Little Bob :

Six ans après LE MONSTRE DE LONDRES (hé oui, il était déjà à Londres), LE LOUP GAROU de George Waggner fixe définitivement les archétypes du film lycanthropique, explications ...


Dans LE MONSTRE DE LONDRES :
- Un être bestial attaque le héros, Glendon, par une nuit de pleine lune et le mord au bras.
- Glendon se transforme à son tour en loup-garou, à Londres, les soirs de pleine lune.
- I1 ne se souvient plus du tout de ses méfaits nuiteux une fois les crises passées mais il comprend qu'il en est responsable et se barricade chez lui.
- il meurt abattu par la police (balles ordinaires).

Dans LE LOUP-GAROU :
- Larry Talbot achète l'instrument de sa propre mort : une canne à pommeau d'argent représentant une tête de loup (en 1973, dans LE LOUP GAROU DE WASHINGTON, au tout début du film, Dean Stockwell fait de même).
- Il est mordu par un loup (Bela... Lugosi !) qu'il tue avec la canne (idem dans LE LOUP GAROU DE WASHINGTON).
- une vieille bohémienne, Maleva, lui apprend que son fils (Bela) était un loup-garou et que donc lui-aussi s'apprête à le devenir ; de ce fait, elle lui octroie un porte bonheur (même scène dans LE LOUP-GAROU DE WASHINGTON).
- Il se transforme subséquemment en loup-garou les soirs de pleine lune.
- Il tente de lutter contre le sort en se faisant enfermer chez lui (idem... WASHINGTON) et en remettant la canne à pommeau d'argent à son père
- Il est tué par son père avec cette même canne.

Tous les éléments sont donc réunis pour faire du LOUP GAROU l'archétype même du film lycanthropique. Dans l'Ecran Fantastique n°21 (dossier spécial LOUPS GAROUS), Pierre Gires note cependant, afin d'établir un compromis : “On constate que les principaux éléments du scénario du MONSTRE DE LONDRES se retrouvent ici (ici = le film de George Waggner, NDLB), à savoir : le personnage central devient loup-garou après avoir été mordu par un autre loup garou, il se métamorphose à la pleine lune et redevient normal en trépassant, ce qui confirme l'importance du film de 1935 qui est bien le prototype de la lignée, quoique celui de 1941 ait acquis, au fil des années, une plus grande réputation”. Accordons au MONSTRE DE LONDRES le bénéfice de l'originalité : le héros est mordu par un LOUP-GAROU et non par un LOUP, comme dans bon nombre de films ultérieurs (notamment THE WOLF MAN) ; et la lycanthropie du film de Stuart Walker n'est pas sans remède puisque la mariphasa, une plante du Tibet, en constitue l'antidote efficace (bien que l'effet soit seulement temporaire). Revenons plus en détail sur le scénario du LOUP-GAROU, signé Curt Siodmak (scénariste, réalisateur, romancier, nouvelliste d'origine allemande, et frère de Robert Siodmak, réalisateur de SON OF DRACULA avec le même Lon Chaney Jr). L'action se passe au Pays de Galles, dans les landes caressées par la brume. Larry Talbot (Lon Chaney Jr) revient au manoir familial, suite à la mort de son frère et retrouve son père (Claude Rains). La mort du frère de Larry rapproche les deux hommes, qui ne se sont pas vus depuis 18 ans. Larry est un manuel. Et c'est en réglant le télescope de son père que toute l'histoire commence (et que tous les éléments de l'histoire ...se télescopent, bien sûr) : observant dans la lunette le village le plus proche, Larry tombe soudain sur une vision paradisiaque, celle d'une jeune femme faisant sa toilette dans sa chambre, au-dessus du magasin d'antiquités familial (Arrêtez, c'est trop hot). Mû par d'irrésistibles pulsions (déjà !), Larry accoste de front la charmante demoiselle (Evelyn Ankers, connue aussi sous les noms de “QUEEN OF THE HORROR MOVIES” et “THE SCREAMER”), lui achetant au passage l'instrument de sa mort annoncée la fameuse canne à pommeau d'argent. Les deux tourtereaux déparés (oui, on se demande bien comment le gros Larry va raisonnablement pouvoir séduire la très belle Gwen) se rendent le lendemain chez les gitans. L'amie de Gwen, Jenny, se fait lire les lignes de la main par Bela (Bela Lugosi) dont la mine, épouvantée affole rapidement Jenny ; en effet, dans la main de cette dernière est apparu le pentacle désignant les victimes des loups-garous (et les loups-garous eux-même). Quelques instants plus tard, on entend Jenny hurler dans la forêt. Larry se précipite à son secours et doit livrer bataille contre un loup enragé qu'il finit par tuer à coups de canne, non sans avoir été mordu. Lorsque la police arrive sur les lieux, ce n'est pas le cadavre d'un loup qu'elle découvre, mais celui d'un homme, le gitan Bela. Pendant ce temps, Larry est ramené au manoir où il se remet de ses blessures. Le lendemain, plus aucune trace de blessure ne subsiste sur son corps, ce qui ne manque de provoquer la suspicion des policiers. La suite de l'histoire, c'est la rencontre Larry-Maleva, les transformations de Larry en loup-garou, ses tourments intérieurs et son sentiment de culpabilité face aux horreurs qu'il ne peut désormais s'empêcher de commettre (quoi qu'on en dise, cela constitue un lien véritable avec les vampires), les tentatives-d'explication rationelles du père de Larry qui s'en remet pour cela à un psychiatre (“Ca y est, on a un schyzophrène dans la famille !”), et le dénouement final qui voit Larry attaquer Gwen et le père affronter son fils. Dénouement tragique s'il en est... (TIENS, PRENDS CA, SALE BETE !!!)

Plusieurs talents sont à la barre du LOUP-GAROU :
- George WAGGNER. Né le 7 septembre 1894 à New York, il fut successivement acteur (LE CHEVAL DE FER de John Ford, 1924), parolier, scénariste, réalisateur (THE PHANTOM STAGE, 1939 - MAN MADE MONSTER, 1940 - HORROR ISLAND & THE WOLF MAN, 1941 - THE CLIMAX - 1944) et producteur (THE GHOST OF FRANKENSTEIN, 1942 - FRANKENSTEIN MEETS THE WOLF MAN & PHANTOM OF THE OPERA, 1943 - COBRA WOMAN & GYPSY WILDCAT, 1944). Sa mise en scène pour LE LOUP GAROU est plutôt bonne, même si elle ne magnifie pas assez l'espace, et surtout pas le loup-garou en titre qui est filmé avec une assez grande platitude, passées quelques secondes d'un mystère qui aurait dû être plus longuement préservé. Au bout du compte, il manque au LOUP-GAROU quelques cadrages audacieux, voire expressionniste. D'où l'importance des acteurs. Dans le rôle de Larry Talbot, on trouve donc Lon Chaney Jr. Né Creighton TULL CHANEY le 10 février 1906 à Oklahoma City, il est écarté du cinéma en 1922 par son père qui veut voir son fils trouver un emploi décent. Aussi, lorsque Lon Chaney Senior meurt en 1930, c'est avec satisfaction qu'il voit Junior s'acheminer vers les commandes de la General Water Heater Corporation. Mais comme le dit Junior lui-même :'THE HAM WAS THERE" (ce qu'on peut traduire par : “L'envie de cabotiner était là !”) Alors, en 1932, c'est le grand bond dans l'aventure du cinéma, avec tout d'abord de la figuration dans les célébrissimes CHASSES DU COMTE ZAROFF. En 1937, on le trouve par exemple dans un serial d'espionnage, SECRET AGENT X9, de Glifford Smith et Fordi Beebe (producteur et réalisateur de seconde-équipe sur SON OF DRACULA). Deux ans auparavant, il change son nom en LON CHANEY JR (ce qu'on lui demande de faire dès 1932), et c'est sous ce nom d'emprunt renouant avec 1e passé familial qu'il se fait remarquer par la critique, en 1940, dans DES SOURIS ET DES HOMMES, d'après la “novella” de John Steinbeck. Et en 1941, on le retrouve donc en Larry Talbot dans LE LOUP GAROU, un rôle également taillé sur mesure qu'il reprendra par 5 fois (voir filmo), si ce n'est 6 (FACE OF THE SCREAMING WEREWOLF, un film mexicain de 1959 !) Lon Chaney JR a aussi personnifié tour à tour la Créature de Frankenstein, la Momie, et Dracula. A noter d'ailleurs que dans FACE OF THE SCREAMING~WEREWOLF, il fait d'une pierre deux coups, puisqu'il apparaît sous les traits d'une momie qui, une fois les bandelettes enlevées, se révèle être le loup-garou du titre ! Après cet Age d'Or déjà étiolé du Fantastique américain des années 40, la carrière de Lon Chaney JR décline régulièrement ; symbole de cette inéluctable déchéance proche de celle de Bela Lugosi, son dernier rôle au cinéma, celui du serviteur niais Groton dans DRACULA CONTRE FRANKENSTEIN de l'artisan Al Adamson. Lon Chaney JR a fini sa vie avec de graves problèmes de santé, dûs à un tabagisme et un alcoolisme excessif. Sa carrière complète compte à peu près 150 films, surtout des films d'horreur et des westerns. Il convient aussi de dire un mot de l'extraordinaire actrice qui interprète dans LE LOUP-GAROU le rôle de Maleva. Son nom : Maria Ouspenskaya. Née le 29 juillet 1876 à Tula, en Russie, elle vient aux Etats-Unis en 1923 avec la troupe du MOSCOW ART THEATRE. Elle joue à Broadway, monte une école d'Art Dramatique, et sur le plan cinématographique, se retrouve nominée 2 fois aux Oscars pour DODSWORTH (1936, de William “BEN HUR” Wyler) et LOVE AFFAIR (1939, de Leo McCarey). 8 ans après LE LOUP-GAROU, elle meurt d'une façon atroce dans l'incendie de son appartement de Los Angeles, sa cigarette ayant mis le feu à son lit alors qu'elle s'était endormie. Le cinéma fantastique, elle l'a côtoyé à 5 reprises au moins, dans DR EHRLICH'S MAGIC BULLET (1940), THE WOLF MAN (1941), FRANKENSTEIN MEETS THE WOLF MAN (1943). Dans ce film, où elle interprète pour la seconde et dernière fois le rôle de Maleva, elle tente de venir en aide à Talbot en le conduisant au château de Frankenstein (le bon sens en action ! En fait, c'est comme d'amener Dracula voir Edelmann !). Citons encore THE MYSTERY OF MARIE ROGET (PHANTOM OF PARIS), en 1942, d'après la nouvelle de Poe et TARZAN AND THE AMAZONS en 1945, où elle est la Reine de la tribu d'amazones en question. Un petit mot d'Evelyn ANKERS, l'enjeu amoureux du LOUP-GAROU : née le 17 août 1918 à Yalparaiso au Chili, elle commence sa carrière cinématographique en Grande-Bretagne avant de venir aux Etats-Unis, où elle arpente les scènes théâtrales de New-York, puis les plateaux de cinéma d'Hollywood. Pour finir, il convient de ne pas oublier Jack PIERCE, le maquilleur du film. Né en 1889 à New York City, mort à Hollywood en 1968, il a d'abord été acteur de théatre, cascadeur de cinéma, acteur de composition, assistant metteur en scène et chef-opérateur. Chef de service à l'Universal Pictures, il collabore très tôt avec Lon Chaney, Tod Browning et Paul Leni. A partir de 1931, il devient le maquilleur attitré de tous les grands films d'épouvante de l'Universal, il créa ainsi les prototypes, si souvent repris ensuite, du Monstre de Frankenstein, d'Ygor, de la Momie, du loup-garou, ainsi que de la curieuse simienne incarnée par Acquanetta (dans CAPTIVE WILD WOMAN, JUNGLE WOMAN et JUNGLE CAPTIVE ; il faut noter que le premier de ces trois films a été produit par la Universal en raison du succès de CAT PEOPLE). Côté loups-garous, Jack Pierce a travaillé sur THE WEREWOLF OF LONDON, THE WOLF MAN, FRANKENSTEIN MEETS THE WOLF MAN, HOUSE OF FRANKENSTEIN et HOUSE OF DRACULA. Côté vampires, il a travaillé sur DRACULA (de Tod Browning), DRACULA'S DAUGHTER, SON OF DRACULA et bien sûr les deux “HOUSE OF...” A la suite de sa collaboration à la série frankensteinienne, Pierce fut proclamé “le plus grand maquilleur du monde”. Foilà.

Allez, en prime, voici le petit poème exorcistique que répètent à l’envie certains personnages du film LE LOUP GAROU, et que tout lycanthophile qui se respecte se doit de connaître :
“EVEN THE MAN WHO IS PURE IN HEART,
AND SAYS HIS PRAYERS BY NIGHT,
MAY BECOME A WOLF WHEN THE WOLF BANE BLOOMS,
AND THE MOON IS PURE AND BRIGHT...”
(A répéter chez vous, le soir, avant d'aller vous coucher, ou alors sous la tente en camping).


NOTES BIBLIQUES :
* LE LOUP-GAROU a été tourné du 27 octobre jusqu'à fin novembre 1941
* Budget 180 000 dollars
* Titre de tournage “DESTINY”
* Le film utilise certains éléments du décors de THE HUNCHBACK OF NOTRE DAME (1923) et FRANKENSTEIN (1931)
* Le maquillage de Henry Hull, en 1935, demandait 5 heures ; celui de Lon Chaney Jr à peu près la même chose.
* En l983, Le hors sérle n°2 de L'Echo des Savanes nous présentait la 1ère partie d'une bande dessinée lycanthropique intitulée LE LOUP-GAROU, avec deux personnages du film de George Waggner Maleva (version Cruella) et Bela (version Sadico). Ces deux personnages recueillent Erika, la louve-garou au centre de l'histoire (et fiancée de Vincent Frankenstein). Et lorsqu’Erika se transforme, voici l'incantation qui apparaît, relecture de celle prononcée dans LE LOUP-GAROU :
“ENTRE CHIEN ET LOUP,
QUAND SORT LA PLEINE LUNE...
QUAND FLEURIT LE TUE-LOUP
PAR MONTS ET VAUX ET DUNES
LE PLUS PUR DES COEURS ET TOUTES LES PRIÈRES,
COMPTENT POUR DES PRUNES,
CONTRE LE SORT DU LOUP-GAROU”

BIBLIOGRAPHIE :

LE LOUP-GAROU : ECRAN FANTASTIQUE n°21 / MAD MOVIES n°8 / LE CINEMA FANTASTIQUE de Patrick Bryon / A PICTORIAL HISTORY OF HORROR MOVIES de Denis Gifford / UNIVERSAL HORRORS : the studio's classic films 1931-1946 / CINEMA FANTASTIQUE ET DE SF de Josette Ortega / LE FILM D'EPOUVANTE de Philippe Ross / THE PSYCHOTRONIC ENCYCLOPEDIA OF FILM de Michael Weldon.
Sur George Waggner : SERIE B de Stephane Bourgoin. Sur Lon Chaney Jr : ECRAN FANJASTIQUE n°7 / LES CLASSIQUES DU CINEMA FANTASTIQUE de Jean Marie Sabatier. / EPHRAIM KATZ ENCYCLOPEDIA, 1994.