|
|
"Dans le dessein d'entrer en compétition avec la société humaine, ils ont tourné le dos a la Nature, grande et sauvage, et se sont laissé corrompre. En fait, ils représentent maintenant ce qu'il a de pire, dans l'homme et dans la bête réunis. Ils sont envieux, cruels et ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actes. Ce sont des violeurs, des cannibales et les plus brutaux des criminels qui aient jamais existé."
|
|
|
|
|
|
|
|
|
La chronique SIMMU
Gore, sexe et écologie. Face à la bibliothèque du vampire, celle du loup-garou a bien triste mine. Pourquoi ? Difficile à dire. Peut-être parce que le loup-garou est l'incarnation de l'instinct bestial qui sommeille en nous, une bête contre laquelle la raison mène un éternel combat, une bête à laquelle il est désagréable de faire face.
Garouage vous expose la bête dans toute son horreur. Pas l'animal, mais le monstre. Dés les premières pages, vous plongez dans la décadence, le sexe et le sang ; tout comme le protagoniste qui lui, ne se contente pas de n'être qu'un spectateur. Skinner Cade apprend, à la mort de sa mère, qu'il a été adopté. Parti à la recherche de ses parents biologiques, il va se retrouver confronter à un véritable cauchemar. Skinner est en réalité un vargr, un loup-garou. Incapable de dominer sa faim destructrice, il va être le témoin horrifié des actes sanglants qu'il perpétue. Il n'est toutefois pas l'unique vargr sur terre, pas plus que le loup n'est le seul garou existant.
A cause de sa violence gratuite, la première partie du roman oscille entre le dégoût et l'ennui. Dés lors, on est en passe de se demander si Garouage fait partie de ces livres dont le but n'est que l'horreur et le divertissement facile. Plus on avance dans la lecture, plus on se rend compte que Nancy A. Collins ne se contente pas de cette gratuité. C'est tout le symbolisme du loup-garou qui nous est, ici, exprimé. Une des scènes les plus significatives reste la mêlée du rut. Plus aucune morale ne retient la bestialité de ces vargrs qui s'entretuent pour satisfaire leurs sexes. Pas d'amitié, pas d'amour, plus rien d'humain. Au-delà de cette violence, l'auteur montre également qu'elle sait nous emmener sur les chemins du merveilleux. Sur un air de Contes et Légendes, elle raconte, par la bouche d'une indienne, l'histoire de ceux qui habitent dans les fissures de la perception humaine, les Prétendants : les vampires, les hommes-serpents, les ondines, les ogres, les loups-garous, mais aussi les kitsunes (renards-garous) et les coyoteros (coyotes-garous). Avec cette même magie, elle met en scène le dieu des loups, tout auréolé de rêves de liberté, d'harmonie avec la Nature et même d'un zeste d'écologie. Garouage, c'est le mythe du loup-garou revisité selon l'idéologie de notre fin de siècle, c'est son insertion dans le monde moderne. Le roman devrait plaire aux amateurs du genre, car bien qu'il ne soit pas une date dans l'histoire de la littérature lycanthropique, il n'en reste pas moins une agréable variation sur le thème.
|
|
|