plan de la ville
LUNATIC CAFÉ
de Laurell K. Hamilton
« On dirait que je le fais exprès. Je suis tombée amoureuse du chef de meute local. Non, pas un louveteau. Un loup-garou, bien sûr!
Maintenant, il y a des tas de filles dans ma tranche d'âge qui n'arrivent pas à se dégoter un petit ami. Et c'était mon cas avant Richard.
Certes, Jean-Claude, mon vampire préféré, ne demandait pas mieux, mais son coté possessif a tendance à me démotiver. Même si c'était un homme ordinaire, j'aurais déjà du mal à imaginer une vie de couple avec lui. Côté sexe, ça oui : no problemo, je vois très bien, mais sortir... Aller au restaurant, au spectacle, fréquenter ses amis. Franchement, non!
On a beau être dans une histoire d'horreur, il y a des limites! »
Lunatic Café, Laurell K. Hamilton (titre original : The Lunatic Café)
Pocket Terreur n°9280. Traduction par Isabelle Troin.
La chronique MALAIKA

Dans la lignée de Plaisirs coupables, Le Cadavre rieur, et Le Cirque des Damnés, véritables best-sellers aux Etats-Unis, voici Lunatic Café, le dernier volet des aventures d’Anita Blake, chasseuse de vampires. Au premier abord, le succès de cette incontournable tueuse de démons n’est pas sans rappeler celui de la fameuse Buffy, personnage devenu de nos jours un quasi-stéréotype du genre (cf. la série télévisée éponyme Buffy contre les vampires, créée par Joss Whedon en 1997). Notons toutefois que la première parution aux Etats-Unis des aventures d’Anita Blake date de 1993, il nous a donc fallu attendre presque dix ans avant de trouver enfin ces premiers volumes dans les rayons français ; on peut dès lors se demander si cette soudaine et toute récente publication, pour le moins inattendue, n’ait pas été quelque peu influencée par le phénomène Buffy qui sévit aujourd’hui…

Bien qu’Anita soit également une petite jeune femme aux pouvoirs exceptionnels (entre autres celui de relever des zombies), l’univers d’Hamilton est bien différent de celui de Buffy, et est sans doute destiné à un public plus adulte. Le monde dans lequel évolue Anita est un monde où les créatures surnaturelles (vampires, loups-garous, métamorphes…) sont reconnues par la société et peuvent même vivre librement parmi les humains, tout en jouissant à la fois d’une certaine équité relative en matière de législation. Anita Blake, dont le boulot est de ranimer des défunts pour le compte d’une petite PME, grâce à ses propres pouvoirs hors du commun, est aussi chargée de supprimer les vampires jugés rebelles ou trop dangereux : ce travail parallèle lui sied même si bien que la communauté vampirique n’hésite pas à lui attitrer le doux surnom d’Exécutrice.

Après avoir été aux prises avec les Maîtres Vampires de la ville (Plaisirs coupables), une sorcière vaudoue et ses zombies (Le Cadavre rieur) et les mésaventures de Jean-Claude –à mon avis le vampire le plus sensuellement excentrique que je connaisse- dans Le Cirque des Damnés, voilà qu’Anita reprend du poil de la bête, si l’on peut dire, en faisant face aux métamorphes, aux lycanthropes et aux chasseurs de loups-garous qui hantent Lunatic Café.

Cette nouvelle péripétie est originale dans la mesure où nous voyons pour la première fois Anita sous un jour plus « rose bonbon » ; en effet, et même si la fin du Cirque des Damnés le laissait présager, nous avons la surprise de voir notre chère Anita sortir avec Richard, un ténébreux et pathétique loup-garou –protagoniste selon moi, d’une monstruosité et d’une humanité si conflictuelles, d’une prestation parfois si larmoyante qu’il ne me paraît peut-être pas excessif d’assimiler Richard à une piètre caricature de Louis de Pointe du Lac, un des vampires principaux des Chroniques d’Anne Rice. Or non seulement ce beau loup-garou vient conter fleurette à l’intrépide Anita, mais il la demande en mariage ! Perspective qui s’annonce plutôt amusante pour le lecteur qui n’est pas sans connaître le caractère bien trempé d’Anita, -l’héroïne étant aussi peu encline à se séparer de ses pingouins en peluche que de son Browning Hi-Power 9 mm. La situation se complique derechef avec l’impétueux Jean-Claude qui, jaloux, décide de mettre son grain de sel entre les deux amoureux…

Laurell K. Hamilton nous offre encore une fois une intrigue désopilante, certes un peu moins sanglante que les charmantes explosions gores des volumes précédents, mais qui toutefois ne se départit pas de l’éternel humour noir féminin, si cher aux aventures d’Anita Blake. C’est aussi avec un certain plaisir que nous retrouvons l’éventail de personnages maintenant devenus familiers : Bert le patron véreux d’Anita, Edward l’impassible tueur à gages aux allures de commando, Irving le journaliste loup-garou fouineur et souffre-douleur, l’attachant Richard, Jean-Claude le dandy vampirique par excellence, les sympathiques policiers Dolph et Zerbrowski, Ronnie la meilleure amie d’Anita… et bien d’autres encore dont les apparitions s’avèrent plus ou moins récurrentes.
Au fil des épisodes, l’auteur (qui s’est également essayée aux romans de science-fiction et de Fantasy) ne manque pas d’imagination, et le déchaînement, il est vrai parfois abusif, des intrigues et des rebondissements en tout genre nous maintient en haleine jusqu’à la dernière page.

Lunatic Café a donc toutes les qualités des aventures précédentes, si ce n’est peut-être certaines confrontations un peu longues entre Richard, Jean-Claude et Anita sur les questions amoureuses du roman ; ces confrontations peuvent apparaître mièvres voire lassantes au lecteur habitué à davantage d’actions que de déboires sentimentaux. Mais ce livre qui est, rappelons-le, une variante sur les lycanthropes, devrait sans doute distraire les amateurs du genre ; même si l’image de nos chères créatures à crocs et à poils se révèle somme toute assez superficielle, l’ironie mordante et la simplicité d’un style franc et complice nous font néanmoins passer un agréable moment.