plan de la ville
Loups-garous et Vampires
de Roland Villeneuve
Paris, Ed. J'ai Lu, coll. " L'Aventure Mystérieuse ",
1971 ; édit. orig. 1960
L'histoire :

Le vampire est un personnage mythique né avec l'humanité. Tout au long des siècles les hommes ont été passionnés par cet être mystérieux, se sont interrogés sur sa réalité concrète, sur son rôle, ou enfin sur les raisons qui nous ont poussés à l'admirer si longtemps. Il est donc de nos jours difficile d'apporter des éléments nouveaux qui puissent intéresser les adeptes de ce monstre fantasmagorique. Cependant Roland Villeneuve, dans son ouvrage critique : loups-garous et vampires, innove en proposant une grande quantité de matière encore inexploitée (tout au moins à l'époque de son édition), tout en suivant pourtant une problématique commune, à savoir : comment les vampires et les loups-garous, êtres imaginaires, ont pu appartenir aux croyances de civilisations aussi éparses géographiquement, que différentes culturellement ? De plus, il tente de démontrer comment ces mythes ont pu survivre jusqu'à nos jours ; tout cela en un peu moins de deux cents pages.
Toutefois, même si cette problématique est commune, Roland Villeneuve l'aborde d'une façon moins exploitée, " plus scientifique ". Après avoir étudié les mythes diachroniquement, à travers le monde, avoir réuni toutes les généralités qui les caractérisent, il tente de les expliquer à travers des expériences humaines, concrètes et dénuées de tout fantastique tel que le sadisme ou le cannibalisme. Les lecteurs sensibles, rares il faut l'avouer parmi les amateurs de récits de vampires et de loups-garous, doivent savoir que la troisième partie de cet ouvrage : L'Autre côté du miroir est parfois difficile, car elle décrit des crimes monstrueux et sanglants réellement commis.

L'avis de Patricia WYSS

Loups-garous et vampires comme son nom l'indique porte sur deux ensembles de personnages mythiques différents. Cependant il ne faut pas pour autant repousser sa lecture si l'on n'est passionné que par l'un ou l'autre des deux créatures, car Roland Villeneuve les étudie de façon complémentaire. Il commence tout d'abord dans sa première partie, La Lycanthropie, par le mythe du loup-garou. Il nous explique sa naissance, les croyances populaires qui y sont rattachées ou encore les différents cas historiques répertoriés dans le monde entier, de prétendus loups-garous puisque " poétisé par Homère, Ovide et Apulée, la lycanthropie a toujours eu un caractère universel " (p.7). De plus, comme le lecteur peut immédiatement le comprendre par ce titre, il associe tout de suite ce mythe à une " maladie mentale " (p.5) afin de rechercher les causes concrètes de la naissance et survie de ce personnage, puisque pour Roland Villeneuve il n'existe ni vampire, ni loup-garou, seulement des malades ou des hommes qui profitent des croyances populaires. " Nous pensons bien avoir démontré que la lycanthropie et le vampirisme appartenaient au monde des légendes, des fables et des contes dont l'imaginaire se nourrit depuis des millénaires " (p.145).
Ensuite lorsque nous abordons la partie sur le vampirisme l'auteur nous informe sur les nombreuses similitudes de ce mythe avec celui du loup-garou. Ces deux ensembles de créatures appartiennent d'ailleurs à la même famille de monstres puisque " après leur mort, les loups-garous se muaient fréquemment en vampire. " (p.86). De ce fait il est donc tout à fait logique qu'au chapitre de Lycanthropie succède celui du Vampirisme. Il nous faut noter que Le vampirisme dans l'antiquité (p.86) (partie de l'ouvrage qui détaille les points communs entre les deux mythes) est un chapitre particulièrement intéressant et mérite que l'on s'y attache plus amplement ainsi que le chapitre qui lui succède l'épidémie vampirique au XVIII° siècle (p.96) où nous pouvons constater la frénésie qu'a pu entraîner ce mythe à travers la description de nombreux cas de " vampirisme " et le nombre de gens qui y ont cru : " S'il y eut jamais au monde une histoire garantie et prouvée, c'est celle des vampires " (J-J. Rousseau).
Cependant si les chapitres se succèdent dans un ordre semble-t-il incontestable, il aurait peut-être été préférable que les liens entre ces deux personnages soient énoncés auparavant. Qu'avant la première partie soit élaborée une introduction expliquant brièvement ce qui les unis et l'intérêt potentiel que le lecteur passionné aurait de lire l'ensemble de l'ouvrage. Roland Villeneuve en étudiant de façon séparée et symétrique ces deux mythes, c'est-à-dire en recommençant l'étude du vampirisme de la même façon que celle du lycanthropisme, en débutant par l'historique du personnage, puis en faisant succéder ses caractéristiques, enfin en achevant par l' " Essai d'explication scientifique ", donne le sentiment qu'en fait cet ouvrage aurait pu être découpé en deux essais distincts. Alors qu'en fait L'Autre côté du miroir montre bien que, vu la direction d'interprétation qu'a choisi l'auteur, l'étude de ces deux créatures imaginaires est complémentaire. Cette dernière partie, qui semble arriver comme une pièce rapportée (puisque les deux premières composent en quelque sorte le titre), réunit ces deux catégories de monstres et les compare au sadisme, à la nécrophilie, au nécrosadisme ou à la nécrophagie car " c'est aussi dans la pénombre que les fous, les sadiques et les criminels s'acheminent, à la recherche d'une proie facile et muette " (p.146). Même s'il écrit au second chapitre (p. 77) que le nécrophile est exactement " le contraire d'un vampire " car c'est le vivant qui dérange le mort et non l'inverse, il étudie tout au long de l'ouvrage ces mythes comme des maladies qui en sont proches. De ce fait si nous suivons son raisonnement pour l'un des mythes, il est tout aussi intéressant de le suivre pour l'autre qui en de nombreux points s'en rapproche et le complète.

Que l'on croit en son hypothèse ou non, cet ouvrage est indispensable pour le spécialiste des loups-garous ou des vampires car il étudie le mythe de façon très détaillée. En plus d'être clair et très explicatif, Roland Villeneuve dans Loups-garous et vampires étoffe son essai d'un très grand nombre d'exemples célèbres comme la princesse Bathory ou le comte Dracula, ou moins connus comme les récits qui touchent des paysans. Il y décrit autant les événements fantastiques, que la réalité concrète des faits comme la cruention possible de l'homme après sa mort, et permet ainsi au lecteur de mieux comprendre le monde que côtoient ces mythes, celui de la violence, de la luxure et de la mort.

Epuisé