plan de la ville
Entretien avec
Sullivan Lord
pour Vampire Dark News.
Après le succès d'Elégie pour un vampire et des Saigneurs Cardinaux, Sullivan Lord fait une petite "pause" dans son univers vampirique avec la sortie de son dernier roman Utopia, un thriller futuriste. Voici donc l'occasion de découvrir une autre facette de cet auteur fort sympathique qui s'apprête, en outre, à lancer en ligne un jeu de rôle basé sur l'univers de ses romans vampiriques…

Vampire Dark News : Bonjour Sullivan Lord, dans quelques temps sort votre nouveau roman, Utopia, qui semble plus se rapporter à la science-fiction qu'au genre gothique, contrairement à Elégie pour un vampire et aux Saigneurs Cardinaux.
Pourquoi avoir choisi de s'attaquer plus particulièrement au genre de la SF ? Utopia est-il un roman totalement différent ou bien a-t-il des points communs avec les livres du triptyque ?
Sullivan Lord : Si je change de domaine, c’est sans doute par goût du risque mais aussi parce qu’un auteur doit éviter de tourner en rond en écrivant constamment la même chose. Cependant, Utopia demeure un thriller futuriste avec beaucoup d’action, de rebondissements et de l’humour à profusion. Celles et ceux qui ont aimé mes premiers romans ne seront pas déçus par celui-ci, bien au contraire. Qui plus est, Utopia demeure également une peinture au vitriol de notre société. C’est un état des lieux des différentes dérives et des pertes des repères qu’elle subit actuellement. Je ne prendrais qu’un seul exemple pour étayer ma thèse. Plus le temps passe, plus les gens abandonnent tout sens critique et deviennent de parfaits zombies prêts à gober et à acheter docilement tout ce qu’on leur montre à la TV. Aujourd’hui, même les « nouveaux grands romanciers » ne servent plus à rien. Ce sont des guignols qui s’agitent dans des émissions people où on les fait passer pour des bouffons. Ils ressemblent à des légions de crétins interchangeables dont on détoure la silhouette dans les supermarchés. Zola et Hugo doivent se retourner dans leurs tombes, eux qui savaient s’effacer devant leurs œuvres tout en demeurant populaires. Pour revenir à Utopia, ce roman est, d’un point de vue chronologique, le quatrième à se dérouler dans mon univers. Il se placera donc juste derrière le Règne des Immortels.

VDN : "Utopia", comment vous est venue l'idée de ce titre ?
Sullivan Lord : Utopia est le nom de la ville où débute le roman, tout simplement. Vu qu’il s’agit d’un roman décrivant une société utopique, Utopia me semblait le titre idéal. Cependant, et vu qu’il existe déjà plusieurs autres Utopia (le plus célèbre étant celui de Thomas More), nous avons adjoint un sous titre en forme d’avertissement « Penser nuit gravement à la santé ».
 
VDN : Les histoires de vampires sont aussi votre point fort et nombre de lecteurs attendent avec impatience le dernier livre du triptyque, dont vous avez déjà annoncé le titre Le Règne des Immortels. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce troisième volet ?
Sullivan Lord : Le Règne des Immortels combinera le lyrisme et le romantisme d’Elégie pour un vampire aux passages d’action des Saigneurs Cardinaux. C’est le dernier tome du Triptyque, donc celui qui boucle le cycle, et je n’ai pas droit à l’erreur.
 
VDN : La sortie du jeu on-line, "Les Saigneurs Cardinaux -La lutte pour Arduinna-" suscite ma curiosité. Comment vous est venue cette idée de créer un jeu de rôle basé sur votre propre univers ? Êtes-vous, de manière générale, passionné par les JDR ?
Sullivan Lord : A vrai dire, la création de ce jeu résulte plus d’une anecdote qu’autre chose. En fait, mon webmaster et moi-même étions membres d’un site communautaire online où on pouvait incarner des vampires. Cependant, ce système, quoique sympa, ne permettait pas vraiment de jouer. Le système demeurait très, très limité. On ne pouvait ni se déplacer, ni se battre, juste échanger. On a donc décidé de créer ce que ne nous offrait pas ce site, à savoir un véritable jeu de rôle. Donc, et pour répondre à votre seconde question, je suis effectivement un rôliste dans l’âme. Mais je suis ce qu’on appelle un hardcore gamer, je joue à des jeux bien souvent épuisés et en VO. Peu de chance de me croiser à une convention, donc.
 
VDN : Pouvez-vous nous expliquer le fonctionnement du jeu ? Peut-on s'inscrire dès maintenant ?
Sullivan Lord : Le jeu s’ouvrira au grand public le 20 avril 2005. En attendant, les futurs joueurs peuvent déjà s’inscrire au forum du site internet pour en savoir davantage (). Pour expliquer le fonctionnement du système, je dirais qu’on crée d’abord un personnage humain (identité mortelle, background, métier…). Ensuite, celui-ci est validé par les modérateurs (une photo du joueur est obligatoire puisque nous prévoyons aussi la contre-partie soirées en live). Alors, le personnage débarque dans Scylla, libre à lui de choisir son chemin. Notre système de jeu gère les interactions entre personnages, les déplacements, les combats, les pouvoirs et bien d’autres choses. C’est une adaptation officielle de mon univers. Cependant, et afin d’en saisir tout l’intérêt, il est nécessaire d’avoir lu Elégie pour un vampire ou Les Saigneurs Cardinaux, voire même les deux. De mon point de vue, ce jeu est une récompense pour mes plus fidèles lecteurs, en attendant la sortie du troisième tome que je viens de commencer à rédiger.

VDN : Cela doit faire un drôle d'effet de voir ses propres personnages romanesques manipulés par d'autres et évoluer ainsi ?
Sullivan Lord : Je me suis posé la question au début et puis, finalement, mes romans ne m’appartiennent plus désormais. Je veux dire par là que Charles Ruthwen ou Mélanie Leroy sont connus du public, ce sont comme des compagnons de route pour eux, des amis parfois. Et puis, je ne disparais pas totalement puisque je vais gérer l’équipe qui se chargera de mettre des scénarios en place, de jouer certains personnages et autres travaux de logistique.
 
VDN : Depuis Elegie pour un vampire, vous êtes un romancier indépendant, et de nos jours, rares sont les auteurs qui font ce choix éditorial. Quels sont les inconvénients et les avantages de cette indépendance ?
Sullivan Lord : L’inconvénient principal, ce sont les mauvaises langues. Vous trouverez toujours un abruti congénital quelque part pour vous dire que s’éditer soi-même, c’est mal. Pourtant, si on prend le milieu de la musique, de la bande dessinée ou du ciné, il est quasiment normal qu’un artiste se produise seul. En France, il règne une sorte d’imbécillité chronique qui affirme qu’il faut obligatoirement passer par une maison d’édition classique pour pouvoir écrire. C’est faux. La preuve, c’est que mes romans sont désormais diffusés partout, y compris à l’étranger et je gagne sans cesse de nouveaux marchés. Le plus drôle, c’est que des auteurs appartenant à de grandes maisons d’édition, viennent m’encourager ou me dire continue comme ça, bonhomme. Tu es dans le juste. L’avantage majeur, c’est d’être libre et de n’avoir de compte à rendre qu’aux lecteurs.

VDN : Vos influences littéraires et fantastiques sont connues : Nodier, Lord Byron, Bram Stoker, etc.. et nous les retrouvons agréablement mêlées dans le personnage du Duc Ruthwen ainsi que dans l'univers gothique du triptyque. Qu'est-ce qui vous fascine chez ces auteurs et que vous ont-ils apporté ?
Sullivan Lord : Charles Nodier m’a touché avec son sens inné de l’écriture gothique ainsi que son amour du fantastique. Les œuvres de Byron m’ont séduit via leur romantisme, mais surtout grâce à la prestance et l’intelligence hors norme de leur créateur. Bram Stoker est un romancier unique qui n’a pas cessé de faire couler de l’encre et du sang depuis la création de Dracula. Sans lui, le mythe du vampire ne serait encore qu’une poignée de croyances éparses disséminées dans le monde. C’est lui LE créateur du mythe.

VDN : Quelles sont vos autres sources d'inspiration en dehors de la littérature ?
Sullivan Lord : Le cinéma. Les lecteurs me disent souvent que j’écris d’une manière cinématographique et c’est entièrement voulu. Avant d’être romancier, j’étais surtout un passionné du septième art et je le demeure à ce jour. Je suis un véritable cinéphage.

VDN : Où et comment écrivez-vous ? Avez-vous un cérémonial particulier ?
Sullivan Lord : J’avais peut-être un cérémonial au tout début de ma carrière, mais je ne m’en souviens plus. Désormais, j’écris par vague, au gré de l’inspiration. Je peux écrire trois mois sans discontinuer et rédiger ainsi la moitié d’un roman mais ne plus pouvoir m’y remettre avant une très longue période. Ce sont les personnages qui s’emparent de vous, pas l’inverse.
 
VDN : Certains critiques vous ont beaucoup comparé à Anne Rice, mais vous souhaitez pourtant vous détacher de cette "filiation". Pourquoi ?
Sullivan Lord : Quand j’ai commencé à écrire, ce genre de comparaison me faisait énormément plaisir, mais à la longue, cette filiation est devenue lassante, ennuyeuse et presque gênante. Certes, la majorité des critiques ont compris qu’avec les Saigneurs Cardinaux, j’avais fait mes preuves et que j’avais le droit d’exister par moi-même. Que je n’étais plus le Anne Rice ou le Bram Stoker Français, mais un auteur qui avait son propre style, son propre univers et pas juste un sosie de. Qui plus est, à force de multiplier les séances de dédicaces, je me suis aperçu que la la majorité des mes lecteurs ignoraient carrément qui était Anne Rice. Donc, finalement, je faisais plus de pub pour elle qu’elle ne m’en faisait. Donc, il était temps de remettre les choses à leur place. Non, je ne suis pas Anne Rice, et non je ne suis pas un auteur américain qui écrit des novélisations pourries. La seule chose dont je suis fier aujourd’hui, c’est le fait qu’au fil des ans, je suis devenu l’alternative aux auteurs anglophones, et ça, j’en suis vraiment fier. C’est une récompense tacite qui n’a pas de prix.

VDN : Que pensez-vous du mythe du vampire, de son évolution en littérature, et du traitement qu'en font aujourd'hui les jeunes écrivains ?
Sullivan Lord : Le mythe vampirique étant incroyablement riche, il s’adapte à son environnement et il évolue avec lui. C’est une preuve indéniable qu’il se porte bien et je pense qu’il est loin d’être has been comme le chuchotent certains éditeurs. Concernant le traitement qu’en font les jeunes écrivains, je dois admettre que je n’ai pas spécialement d’avis sur la question. Chaque auteur écrit en fonction de sa personnalité et de ses goûts. Après, c’est au public de suivre ou non.

VDN : Et pour conclure sur ce petit entretien, pouvez-vous nous parler de vos projets, après la sortie d'Utopia et du jeu en ligne ?
Sullivan Lord : Au fil du temps, j’ai appris à me méfier des effets de manche qui consistent à dépeindre ses futurs plans. Dans un premier temps, je vais être occupé par la promo d’Utopia et par le jeu online. Ensuite, j’ai un roman à boucler, 300 pages qui constitueront le Règne des Immortels. Autrement dit, mon planning est déjà bouclé pour les deux années à venir. Si Charles Ruthwen me prête vie, bien sûr…
 
Merci beaucoup Sullivan de m'avoir accordé cette petite interview et bonne continuation pour la suite ! :-)
Propos recueillis par Malaïka pour Vampire Dark News, mars 2005.
UTOPIA de Sullivan Lord

156 pages Grand format (A5)
Prix 14,25 Euros
Editeur : SI - ISBN 2951602820