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Vampire Dark News : Hello Sire Cédric ! Déchirures, ton recueil de nouvelles, est récemment paru aux éditions Nuit dAvril. Peux-tu nous parler de la genèse de cet ouvrage ?
Sire Cédric : Bonjour Malaïka ! Je suis très fier de pouvoir présenter Déchirures. On y retrouve neuf histoires différentes, qui relèvent toutes de la littérature dite « fantastique » (dans le sens quelle aborde notre monde actuel, notre vie quotidienne, et dans ce quotidien fait surgir des éléments surnaturels). Je les ai choisies parce que, dune part, ces histoires ont toutes une grande importance à mes yeux, et aussi parce quelles sont toutes liées, dune façon ou dune autre. Jespère que cela ajoute au plaisir de lecture.
Et puis, Déchirures est aussi mon premier livre. Pour la grande majorité des lecteurs, qui ne mont jamais lu auparavant, cest une première approche de mon univers, et cest justement ainsi que jai essayé de composer cet ouvrage : comme une porte qui sentrouvre. On jette un il dans un autre monde, à la fois angoissant et dune certaine façon poétique. Il y a des vampires, dans ce monde-là. Et des démons, qui dansent toujours à la lisière de la vision. « Bienvenue dans mon cauchemar, » ai-je envie de dire.
Le fantastique de Déchirures surgit, telle une explosion, pour nous dévoiler la face noire de certaines réalités. Envisages-tu lécriture et le fantastique comme des exutoires ?
Cest un formidable défoulement pour moi, cest certain. Et jaimerai que le lecteur, lui aussi, puisse refermer mon livre avec le regard dans le vague, en soufflant : « Waou, je nai jamais rien lu comme ça ! » (rires). Cela dit, ne nous égarons pas, hein, jécris de la littérature de divertissement, et cest complètement assumé de ma part. Je naurai jamais la prétention de dire que je dénonce quoi que ce soit, ou que je cherche à être un reflet de mon temps ou je ne sais quelle autre bêtise habituelle dartiste à lego hypertrophié. Je suis juste un dealer de rêves. Et ça, je fais de mon mieux pour le faire bien. Le fantastique, cest la substance de ma voix quand je chuchote à loreille du lecteur.
Si tu devais décrire ton recueil en trois mots
?
Peintures délirantes obsessionnelles ?
Dans tes écrits, tu accordes une large part à la musique et plus particulièrement au Black Metal (il me semble même que tu sévis en tant que chanteur dans un groupe de Black Metal, Grimoria). Que tapporte cet univers musical ?
Disons que la musique toute musique mapporte la même chose que la lecture : une bouffée dair sans cesse renouvelée. Elle fait battre le cur, redresser la tête. La vie na guère de sens à mes yeux, et elle peut sachever à tout instant, ce qui rend nécessaire le plaisir immédiat, la montée dadrénaline.
Jaime le Metal parce que cest une formidable source dénergie, une folle énergie enfantine. À linstant, un album de Manowar tourne chez moi à un volume indécent (mais bon, cest Manowar, cest obligé). Jai limpression davoir dix ans éternellement quand jécoute ce genre dhymnes. Ce doit être pour cela que jai toujours le sourire ^^
Il y a également pas mal de références à la culture goth. Quelques mots sur le « mouvement » gothique actuel ?
Cest une mode, des plus attendrissantes à contempler. Ensuite
il y a déjà bien assez de gens qui débitent passionnément des conneries dessus sans que je nen rajoute, tu en conviendras aisément.
Parmi le sanglant bestiaire de Déchirures, nous rencontrons des vampires. Que représente pour toi la figure de limmortel buveur de sang ?
Jaime le sang, le monde nocturne, la perfection du corps féminin et les instants où celui-ci devient démon. En fait non, je ne fais pas que laimer cela mobsède, tout simplement. Le vampire est tout ça. La cristallisation de nos pulsions. Au fil du temps, son image sest révélée sans cesse changeante parce que, sans doute, il a toujours reflété nos fantasmes, et ceux-ci ont évolué depuis lantiquité. Mais, de tout temps, me semble-t-il, il est demeuré cette même aspiration à léternité que chaque être nourrit en secret dans son cur et ses rêves, depuis linstant de notre naissance sans doute, et qui ont fait inventer des dieux plus ou moins vindicatifs par toutes les espèces, depuis laube de lhumanité. Le vampire ne serait-il pas, au final, limage de notre propre inconscient collectif, notre serpent du désir qui danse sous notre peau, notre besoin de prédation, notre propre innocence autosatisfaite lorsque nous nous contemplons dans le miroir, du sang sur les doigts ? Le vampire bat dans mon cur, ita est.
Tiens, dans ton style, quelque chose ma intriguée. Jai remarqué que pratiquement toutes tes nouvelles nont quun seul terme pour titre (Déchirures, « Sister », « Deathstars », « Nocturnes »
). Que signifie ce choix de titres simples, sans qualificatif aucun ? Est-ce une marque ? Une manière de rassembler un texte sous une seule et même notion ?
Pas pratiquement tous mes textes. Absolument tous ^^ Il ny a que « Cross-Road » et « Blood-Road » qui osent le mot composé, mais ça reste, toujours, un seul mot par texte. Je suis un fétichiste, cest plus fort que moi, il faut que tout soit organisé de manière obsessionnelle (rires). Je ne sais pas si les lecteurs vont associer ça à une marque, et je ne sais même pas si cela sera éternellement le cas non plus, mais pour la période actuelle de mon existence cela me semble le plus approprié.
Jespère juste que ces titres en un seul mot annoncent bien la couleur de chaque histoire. Quà leur lecture on ne sera pas déçu, quon y trouvera exactement ce qui était annoncé dans le titre, et un tout petit peu plus. Et aussi quaprès avoir terminé le voyage en ma compagnie, ce seul titre, ce seul mot qui symbolise le texte, suffira à se remémorer toute lhistoire.
Ton écriture, cest aussi une certaine poétique de la sexualité. Lexpression de « sexualité rampante » utilisée par une critique dans Elegy, est fort juste, je trouve. Tes écrits mettent en effet en scène une certaine bestialité... Pourquoi ce recours presque systématique à une telle violence érotique ?
Ce nest pas un « recours », juste ma
disons, vision personnelle ? (rires) Je ne sais pas quoi rajouter, ma prose est le reflet de ma personnalité, alors forcément la poésie de la sexualité est là, à chaque souffle de vie.
As-tu des auteurs favoris qui tinfluencent particulièrement ou que tu ne cesses de relire ?
Le travail de Clive Barker mobsède. Ce type est un génie. Et comme il ne fait pas quécrire, mais peint, réalise des films, des pièces de théâtre, cest un plaisir sans cesse renouvelé.
Le Français Serge Brussolo est également un auteur que jestime énormément. Je ne me lasse pas de son travail, qui est à la fois répétitif jusquà la nausée et sans cesse renouvelé. Un délicieux paradoxe, en somme.
Certains auteurs se mettent dans des conditions particulières pour écrire, ils ont des rituels
As-tu toi aussi des rituels décriture ?
Jai, avant tout, besoin de tranquillité pour écrire. Je suis un grand dilettante, cest certain ! Donc nimporte quelle heure, quel endroit, peut me convenir tant que je peux me blottir dans un endroit douillet. Jai achevé de rédiger mon premier roman lété dernier en Italie, dans une villa de rêve, vautré dans de somptueux fauteuils à lombre des oliviers en sirotant des apéritifs à longueur de journée. Cest un état desprit qui me permet dêtre tout à mon aise.
Quels sont tes projets décriture pour 2006 et les années à venir ? Jai entendu dire que ce roman devrait paraître prochainement. Peux-tu nous en dire un peu plus ?
Tout à fait, Angemort sortira en septembre 2006 aux éditions Nuit dAvril. Ce nest pas pour tout de suite, donc nous en reparlerons à ce moment-là si tu le désires (rire démoniaque) en tout cas, les lecteurs qui auront apprécié Déchirures y retrouveront certains personnages aperçus dans les nouvelles. Jai également écrit un livre pour enfants, illustré par ma complice Macha, mais je nai aucune idée de quand il sortira. Pour linstant, je viens darrêter toutes mes activités alimentaires, afin de pouvoir me consacrer entièrement à lécriture, et je suis en train de composer de nouvelles choses. Je ne suis pas superstitieux (ça porte malheur il paraît) mais je préfère ne pas parler de ce qui nest pas concrétisé. Tout ce que je peux dire, cest que je serais aux anges si je pouvais sortir un livre chaque année. Ou bien deux, alors là ce serait la fête à la cacahuète.
Quels conseils donnerais-tu aux jeunes auteurs qui souhaiteraient pousser la porte du monde infernal de lédition ?
Je débute moi-même, je nai pas une expérience assez importante pour me permettre de donner quelque conseil que ce soit. Ne soyez pas autre que vous-même, mais devenez ce que vous êtes, cest tout ce que je peux dire.
Merci Sire Cédric, de mavoir accordé cette sympathique interview ! Bonne continuation ;-)
Cest moi qui te remercie charmante Malaïka ! Mes salutations les plus amicales aux membres de VDN que jai eu le plaisir de croiser ce week-end à Paris (même si les pizzas étaient tout bonnement atroces).
Carpe noctem, Sire Cédric.
Propos recueillis par Malaïka le 9 février 2006
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