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4 - EXPLICATIONS SCIENTIFIQUES
La crainte des morts est à lorigine du vampirisme. Cest en effet la peur de leur retour qui permet dattribuer aux défunts la faculté de prendre aux vivants leur fluide vital. Le vampirisme est évidemment étroitement lié au concept du sang puisque le non-mort ne peut prolonger son état quen dépossédant les vivants de ce liquide symbole de jeunesse et de force. Lidée néoplatonicienne dune vie après la mort constitue un apport du christianisme à la croyance aux vampires : le corps, simple enveloppe matérielle, se corrompt tandis que lâme continue à vivre dans un autre monde en attendant la résurrection du Jugement Dernier. Grâce à la Rédemption, lâme des pêcheurs peut être sauvée à condition quils se repentent et, surtout, quils reçoivent, avant leur mort, les derniers sacrements. Sont donc a priori exclus de salut tous ceux qui nont pas reçus lextrême-onction et ceux qui nont pas été inhumés en terre sacrée, comme les suicidés ou les excommuniés. Cest lexplication chrétienne de la croyance aux vampires qui sont, selon cette logique, littéralement « des âmes en peine » car ils nappartiennent ni au monde dici, ni au monde de lau-delà. La principale différence entre les revenants et les vampires est que les premiers sont des esprits inoffensifs qui nont plus denveloppe charnelle, tandis que les seconds sont des corps indûment habités par leur âme revenue du Purgatoire, des « revenants de corps ». Le phénomène de la non-putréfaction des corps a souvent suffi à faire taxer de vampire un cadavre chez lequel le processus de la décomposition du corps (non embaumé) nétait pas intervenu après plusieurs jours passés en terre, le cas sétant parfois produit au bout de plusieurs semaines voir de plusieurs mois. Ce fait médical aujourdhui connu (puisquil est le fait de la conservation dun corps dans une terre possédant certaines propriétés comme des eaux arsenicales qui en retardent ou en empêchent la décomposition) a, dans certaines contrées reculées, accrédité pendant longtemps la thèse de lexistence des vampires. Il faut savoir quun corps enseveli se décompose huit fois moins vite quun cadavre exposé à lair libre, puisquil se trouve dans un environnement dépourvu doxygène. Dans la religion orthodoxe, un cadavre qui ne se décompose pas est perçu comme le signe de la présence de forces démoniaques alors que dans la religion catholique, le même signe est vu comme étant la marque dune intervention divine (exemple : les corps de saints non putréfiés voués à la béatification). Mais, dans un cas comme dans lautre, cet état de fait est considéré comme une chose anormale, non naturelle. Une autre particularité de la non-putréfaction dun corps est son gonflement excessif qui a fait croire pendant longtemps que le supposé vampire se nourrissait aux dépens des vivants. Il ne sagissait en fait dun surplus de gaz non évacués (surtout du méthane) accumulés dans le corps qui lui donnait cette allure de « bon vivant ». De la même manière, les supposés grognements du vampire dans son cercueil ne sont justement que lévacuation de ces mêmes gaz et de humeurs du corps précédent sa décomposition. Ce dérèglement se décompose en quatre phases : a) Le premier stade : Le premier stade survient généralement durant lenfance. À la suite dun accident mineur avec blessure(s), lenfant découvre quil peut être excitant de boire du sang, le sien. Mais, ce syndrome peut se révéler beaucoup plus tard dans la vie de lindividu. Lors dun choc grave, le sujet se voit entouré de sang, le sien dans la plupart des cas et il ressent le besoin ou lenvie de le goûter. b) Le deuxième stade : Cet accident peut mener à lauto-vampirisme. Cest le plaisir quéprouve une personne à boire son propre sang. c) Le troisième stade : ce stade est la zoophagie. Il sagit de la consommation danimaux non-humains afin de boire leur sang. Les vampires zoophages recherchent particulièrement les animaux de compagnie comme les chiens et les chats. d) Le quatrième stade : Le stade le plus avancé est le vampirisme clinique où le sujet boit le sang dautres êtres humains. Le vampire sanguinaire peut même obtenir le consentement de ses victimes. Il est très attiré par le goût du sang humain. Cela lui procure une énorme satisfaction jusquà lextase ultime. Le sang humain devient alors une drogue. Puisque la maladie reste pour le moment incurable, les médecins recommandent à leurs patients déviter la lumière du soleil (porter des verres fumés, dassombrir les pièces dans lesquelles ils vivent). On croit quil est possible que, jadis, les gens atteint de porphyrie aient retiré un certain soulagement de la consommation du sang humain puisque cette maladie est un trouble sanguin, un autre élément qui aurait contribué au mythe vampirique. Plusieurs formes différentes de la maladie existent. Mais toutes ont en commun des signes et symptômes importants. Cela se traduit par lapparition de lésions sur la peau qui devient douloureuse lorsque le malade est exposé trop longtemps au soleil (origine dune sensibilité extrême à la lumière appelée la photodermatie), par le rougissement des yeux, par lurine rouge, par des problèmes neuropsychiatriques (cest-à-dire des crises nerveuses), par des douleurs abdominales plus ou moins prononcées et par un déficit en globules rouges nécessitant des transfusions occasionnelles. Ajoutons que lail provoque des crises chez le malade car cette plante contient un composant chimique qui agit malencontreusement sur plusieurs enzymes du foie, très douloureux chez les personnes atteintes de porphyrie. De plus, les personnes atteintes par cette maladie subissent de graves déformations physiques : leur système pileux se développe anormalement et, ce qui est plus impressionnant, leur nez et leurs doigts se décharnent. « Ce qui fait, souligne le biochimiste canadien, que ces gens finissent par avoir des griffes plutôt que des mains normales. » Lévolution de la maladie amène également un raidissement des lèvres et des gencives du malade dont le rictus découvre alors largement les dents : de là à y voir des crocs, il ny a quun pas. De plus, le biochimiste croit volontiers que les mariages consanguins, très fréquents il y a plusieurs siècles, ne pouvaient que favoriser limplantation de la maladie dans certaines régions bien déterminées comme la Transylvanie. On commence alors à voir pourquoi et comment cette maladie pourrait avoir donné naissance au mythe vampirique. Le vampire est une figure mythique. Il privilégie donc lambiguïté. On a souvent voulu voir dans le vampire une réponse simpliste à limpensable dune époque. Par exemple, Dracula est un moyen de détourné de parler de la sexualité, sujet tabou à lépoque. Le vampire serait donc réduit aux décodages des tabous sexuels dune époque. Cest possible mais bien trop réducteur. En effet, notre civilisation nest plus victorienne et le sexe nest plus un tabou. Le vampire aurait du disparaître. Or, ce nest pas le cas. En effet, même si la signification sexuelle nest pas récusée, les vampires daujourdhui ne sont pas nécessairement des séducteurs : ils ont tous les âges et des intérêts de tout ordre. Mais, il faut tout de même souligner quil existe des variantes contemporaines aux tabous sexuels. On retrouve le sang vampirique dans les seringues : on rapproche les morsures à la toxicomanie au sida qui imprègnent notre imaginaire collectif comme létait la peste au Moyen-Age. Lidée de contamination favorise la culpabilisation archaïque intense liée à lacte sexuel (punition divine des pratiques sexuelles anormales). On remarque, dans les dernière parutions, que les vampires sont des humains contaminés par une maladie incurable et contagieuse qui font deux des exclus. Quelques récits et films récents font clairement le lien entre le vampirisme et le sida (Les Vampires du Désert). Le vampire apparaît donc de moins en moins comme une créature surnaturelle. Il constitue plutôt une métaphore mouvante de nos craintes et de nos préjugés. Il est donc possible de se demander si la figure du vampire est porteuse de sens. Au XIXème siècle, le vampire a un système de valeur totalement opposé à celui du lecteur supposé blanc et chrétien : il représente lAntéchrist, la perversion sexuelle, le péché et la rupture de lordre politique. Au XXème siècle, il senrichit symboliquement. Dans les années 50, il existe le risque de guerre nucléaire et donc dune mutation de lespèce humaine (Je suis une Légende). Dans les années 70, la population rejette la société de consommation, désire se libérer des anciens tabous sexuels et aspire à une plus grande tolérance. À la fin du siècle, cest la récession économique, le système soviétique seffondre, la société se mondialise, le sida, les ghettos urbains, la violence et le rejet dautrui explosent. Le vampire représente alors un espoir déçu et les angoisses dun avenir problématique : cest le miroir du monde où nous vivons. Les chiroptères diphylla ecaudata, desmodus rotundus et diaemus youngi que lon retrouve uniquement en Amérique tropicale ou subtropicale sattaquent aux bovins et, plus rarement, aux humains pendant leur sommeil. Même si ces « chauve-souris vampire » ne peuvent absorber que 10 cm3 de sang par jour, leur morsure est dangereuse car leur salive contient une substance anticoagulante et elle peut transmettre des maladies épidermiques comme la peste. En Europe, la chauve-souris bien quinoffensive a toujours suscité leffroi et la répulsion. En Roumanie, elle est souvent associée au vampire « humain », qui a une apparence monstrueuse. En 1761, le naturaliste et écrivain français Georges Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788) a donné le nom de vampire à diverses espèces de chauve-souris suceuses de sang. Il convient de rappeler qui, si la chauve-souris passait pour être un animal maudit dans limaginaire médiéval européen, ce nest nullement parce quelle était censée boire le sang des mortels (les véritables chauves-souris vampires étaient des microchiroptères vivant exclusivement dans les pays tropicaux) mais parce que sa forme monstrueuse et ses ailes membraneuses faisaient delle une créature du diable. Le vampire est le reflet des peurs et des tabous dune société donnée à un moment donné. |
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| Auteur du Grimoire des Vampires : Cecilia Jamart |
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